dimanche, 08 juillet 2007
c'est pour quand l'égalité ...
Salah est vendeur ambulant. Sa spécialité : jus d’orange le matin dans les quartiers d’affaires, sandwichs “fromage - œufs durs - huile d’olive” l’après-midi et “babbouche” le soir à la sortie des boîtes glauques. Une véritable petite PME, qui lui laisse de quoi vivre décemment au Hay Moulay Biîd où il s’est payé une piaule grâce au miracle Fogarim. Dans ce magazine chic, qui lui sert de papier d’emballage, Salah tombe sur un article qui l’interpelle. Le gouvernement vient de lancer un ambitieux programme (Rawaj) pour le développement du commerce intérieur. L’Etat voudrait investir 12 milliards de dirhams pour tripler le chiffre d’affaires du secteur d’ici 2020. Salah est enthousiaste : il va amortir rapidement la deuxième “carroussa” qu’il vient d’acheter. Et si ça ne tenait qu’à lui, il aurait développé toute une franchise de restauration ambulante qu’il baptiserait Mc Salah. “Oumalha ! Mes sandwichs sont aussi bons que ceux de Chez Paul”, argumente le chef Salah. Mais il déchante rapidement quand il constate que ce programme étatique ne tient presque pas compte du commerce informel. “Zaâma quoi ! Sans magasins, il n’y a pas de Rawaj ? Pourtant, il y a plus de clients à Derb Ghallef qu’à Marjane”, peste Salah. Il ne comprend pas comment sa branche n’est pas intégrée dans le commerce de proximité. Surtout pour quelqu’un qui a su révolutionner la livraison à domicile : un simple bip sur son portable et c’est tout son resto qui se déplace jusque chez ses clients. Pour Salah, Rawaj est déjà un mirage. Il s’accroche à un dernier espoir : l’attribution de nouveaux chariots isothermes dans le cadre de l’INDH. Ce serait déjà ça…
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dimanche, 15 avril 2007
Le luxe « à la casablancaise »
Le luxe a-t-il un avenir à Casa ?
Dans une ville où le chômage touche une frange très substantielle de la population active, où le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est inférieur au prix moyen d’un F2 banal situé dans un quartier potable, par exemple, le luxe peut paraître bien superflu. Est-il seulement décent d’en jouir, alors que les quartiers limitrophes de ceux où prolifèrent les adresses BCBG grouillent de crève-la-faim, de kamikazes endurcis ou en gestation ? Aux environs du Stade Vélodrome (quartier Racine), une tripotée de boutiques, de cafés, de restos, tout aussi fastueux les uns que les autres, ont ouvert ces dernières années… à quelques encablures seulement d’un kariane (Lhjajma) des plus sordides. Le Maroc à deux vitesses ne date pas d’hier, certes, mais il est, depuis peu, plus palpable, plus criant que jamais pour les démunis de Lhjajma qui, de leurs mansardes poisseuses, peuvent apercevoir les paniers percés en pleine foire de la consommation. C’est comme si la place Vendôme ou Rodeo Drive (l’artère de l’opulence à Los Angeles) jouxtaient Kandahar ou les camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie. Jaguar, Chopard, Mont Blanc et… Amoud Quel est, à Casa, le pourcentage de la population pouvant s’offrir des produits de luxe de façon régulière ? Allez ! A vue d’œil ! Un, deux pour cent ? Guère plus ! Le luxe est une niche très exclusive, l’apanage du gotha ! Seulement, bien que démographiquement limitée, la cible des enseignes luxueuses n’en représente pas moins un marché porteur. Pour preuve, en 2001, le concessionnaire marocain de Jaguar (ah, le luxe à la sauce British !) s’est classé quatrième en termes des ventes au niveau de la zone MENA (Afrique du Nord/Moyen-Orient), avec plus de 100 véhicules écoulés, alors que le Royaume dispose d’un des PIB par habitant les moins flatteurs de ladite région, qui concentre une bonne partie de la production mondiale de l’or noir… Karim en possède une, « de Jaguar » ; une S-Type. Assis à la terrasse d’un café très couru du boulevard Zerktouni, repère, parmi d’autres, de la jeunesse dorée de la ville, il déguste une salade et sirote un Coca, tout en tentant de dresser le profil du consommateur de produits de luxe. « Déjà, il faut comprendre que le luxe n’est pas forcément cher. Pour moi, un petit pain au chocolat de chez Amoud est un produit luxueux, au même titre qu’une Chopard « Mille Miglia » (montre chrono, NDLR) ou qu’un stylo Mont Blanc. Un vrai amateur du luxe ne peut se satisfaire de petits pains banals, achetés n’importe où. Il lui faut ce qui se fait de mieux dans le domaine des petits pains, comme dans celui des montres, des stylos, des voitures, des résidences… », estime-t-il. Selon Karim, le marché du luxe n’en est encore qu’à ses balbutiements à Casablanca et le potentiel de croissance est énorme. Pourtant, il admet que si plusieurs franchises internationales de renom dans l’industrie du luxe ont investi avec bonheur le marché local, d’aucunes se sont, au contraire, cassées les dents : « S’il est vrai que des marques comme Lacoste ou Estée Lauder arrivent à tirer leur épingle du jeu, un label aussi prestigieux que Weston a dû fermer boutique, faute de clientèle, après quelques années de faible activité. Les enseignes ne sont pas égales devant la loi du marché. La demande existe bel et bien, mais il faut, pour ne pas se tromper de cible, prospecter comme il se doit le marché et tenir compte des spécificités du consommateur marocain ». Le culte roulant Karim estime, par ailleurs, que l’offre ne répond pas suffisamment à la demande dans ce secteur, malgré l’augmentation sensible des coins luxueux. « Avant cette percée des enseignes chics, les clients aisés faisaient leurs emplettes à l’étranger. Aujourd’hui, ils sont prêts à faire confiance aux antennes locales des enseignes internationales du luxe si les prix sont alignés sur ceux pratiqués dans les pays d’émission de l’industrie du luxe… Karim s’arrête de parler, soudainement, et, les yeux écarquillés, me fait signe –de la main - de voir l’objet de son ahurissement : une Ferrari 550 Maranello Spider rouge (pas communiste pour un sou, la couleur !), « una bella macchina » comme seuls les Italiens savent en faire, un bijou qui fait admirablement vroum-vroum, et qui coûte 2,5 millions de dirhams environ (en France). Le bolide au cheval cabré (immatriculé à Paris) s’arrête devant le café. Un gamin en sort et s’attable, l’air de rien, à la terrasse. Durant cinq bonnes minutes, tout les clients du café sont happés, tout bonnement hypnotisés par la Ferrari. Karim, qui a repris ses esprits, mais qui n’arrive pas à détourner son regard de cette icône suprême du luxe et de la « dolce vita », est aux anges. « Tifoso » inconditionnel de la Scuderia (l’Ecurie), qui a remporté trois championnats constructeur de Formule I consécutifs (le quatrième sacre est en bonne route !), il ne tarit évidemment pas d’éloges à propos de la ligne divine commise par Pininfarina ou de la vigueur incomparable du V12 transalpin. Il ponctue sa stance interminable sur les atouts esthétiques et techniques de la belle de Modène en faisant remarquer que tant que des Marocains pourront se permettre de rouler en Ferrari dans les artères défoncées de Casa, le luxe ne peut avoir que de beaux jours devant lui. « A quand un concessionnaire Ferrari à Casa ? », parachève-t-il Nombre d’investisseurs jugent utile d’injecter des fortunes dans le foncier – le prix du mètre carré commercial dépasse largement les 10.000 DH dans les quartiers marchands huppés comme le Maârif, Racine, ou encore Gauthier -, dans la déco, sur les étals. C’est parce qu’ils estiment que la demande existe. Soit dit en passant, ces investissements, massifs, sont proprement improductifs. Un café, fût-il plus pharaonique que le tombeau de Ramsès (celui que vous voudrez), n’emploie tout au plus qu’une dizaine de personnes ; des exécutants, des serveurs, des bonnes à tout faire…) payés bonbon ! Fortunes diverses De nombreux propriétaires de boutiques se mordent pourtant les doigts d’avoir investi le domaine du luxe. Chéreau, l’une des premières pâtisseries « fines » à avoir pignon sur rue à Casablanca (au début des années 90), a mis la clé sous le paillasson il y a trois ans. Le glas a également sonné, depuis belle lurette pour Francesco Smalto, boutique de haute couture pour hommes, sise à l’hôtel Royal Mansour (cet autre temple de la distinction, siège du Lion’s Club notamment), mais aussi pour des franchises occidentales de la restauration rapide comme Schlotsky’s Deli, Subway (pas tout à fait luxueuses, mais qui ne s’adressent pas moins à une clientèle aisée). En fait, la frontière entre le succès monumental et le flop abyssal est mince dans cet univers voluptueux. Le monde de la chocolaterie et de la confiserie haut de gamme est édifiant à ce sujet. Une douzaine d’enseignes se partagent le gâteau (une forêt noire !) dans ce secteur, à parts inégales. Les plus luxueuses d’entre elles (là où le kilo de chocolat est facturé le plus cher et où l’investissement initial a été plus lourd) s’en sortent haut la main, alors que celles qui sont un peu en retrait se démènent comme elles peuvent pour survivre, pour ne pas déposer le bilan. Ce même phénomène a cours au niveau des établissements de la nuit. « Dans ce secteur en pleine expansion, les clients sont des nomades coriaces. Hormis quelques classiques comme l’Armstrong, la Villa Fandango , Le Petit Rocher, l’Annexe ou le Balcon 33, la majorité des enseignes sont massivement fréquentées un temps, durant les mois qui suivent leur inauguration, pour passer de mode, ensuite, rapidement, et pour être, par conséquent, abandonnées pour des endroits plus récents, qui seront à leur tour désertés un jour. Les nouveaux pubs et boîtes de Casa n’arrivent pas à fidéliser une clientèle suffisamment importante. Après des débuts féeriques, ils finissent quasiment tous par déchanter », explique le gérant d’un piano bar nullement concerné par cette transhumance des noctambules. Saturation ? Pour ce professionnel de la nuit, le secteur du luxe (ce monde de la devanture, comme disait Frédéric Dard/ San Antonio) arrive à saturation. « Les consommateurs du luxe sous toutes ses formes ne sont pas légion. D’aucuns, parmi eux, préfèrent, en outre, s’approvisionner à l’étranger. J’ai des clients qui, lorsqu’ils ne viennent pas chez moi les week-ends, fréquentent le gratin parisien dans les endroits sélects de la ville-lumière. Et ils en profitent également pour faire leur shopping. Tenez ! Je connais une dame qui ne se coiffe la tignasse qu’à Paris. Elle pourrait faire appel au service de Jacques Dessange ou de Jean-Claude Biguine, ces coiffeurs parisiens implantés à Casa, mais sans doute estime-t-elle que cela ferait trop « cheap », trop peu singulier, pas assez luxueux », raille-t-il. Mais les riches ne sont pas les seuls à vouloir jouir du luxe, de l’offre délicate des boutiques et des établissements réservés (presque) aux VIP. Le pouvoir d’achat moyen des habitants de Casablanca est peut-être chiche, mais cela n’empêche manifestement pas la genèse d’une société de consommation en bonne et due forme, d’une véritable classe moyenne au sein de cette ville où sont réalisés 45 % du produit intérieur brut du pays. L’engouement qu’une large cohorte parmi cette classe moyenne - qui se consolide - montre à l’égard des crédits à la consommation, suscité principalement, il est vrai, par la baisse très sensible du taux de base bancaire (et donc des taux d’intérêts) à la fin de la décennie précédente, prouve tout de même que l’industrie du luxe poursuivra tranquillement son bonhomme de chemin à Casablanca. Ce n’est pas pour la forme qu’Etam, enseigne hexagonale spécialisée dans la lingerie (moyen de gamme selon les normes européennes, ce qui équivaut à du haut de gamme au Maroc) ouvre, d’ici peu, ses portes à Casablanca, à quelques pas de la Senza (un concurrent direct) et d’une flopée d’autres magasins généralistes proposant de la lingerie de choix. Certes, les pensionnaires de bidonvilles comme Lhjajma ne fouleront probablement jamais les pistes de danse des boîtes de la Corniche, et se contenteront vraisemblablement de baver d’envie devant les devantures design des boutiques de Racine et des restos de Gauthier, la mobilité sociale étant ce qu’elle est dans les ghettos sombres de Casa : une rumeur, tout au plus. Mais il est tant de nantis à Casa (je pense particulièrement au jeunot proprio du rouge chef-d’œuvre automobile) qui affichent sans sourciller leur fortune, qui dépensent sans compter lorsque d’autres se sustentent au compte-goutte, et qui s’en fichent éperdument de ce que peuvent penser les prolos envieux, que les investisseurs locaux et étrangers qui lorgnent du côté du marché « casaoui » du luxe peuvent se rassurer : Casablanca est un marché porteur et le consommateur casablancais aisé (cible A et B) est culturellement disposé à en faire toujours plus, à en dépenser toujours plus, à s’appliquer à en mettre (toujours plus) plein les yeux à son prochain. Par conséquent, il n’y a pas de raisons pour que les affaires n’aillent pas bon train. Allez ! Van Cleef & Arpels, Gucci, Chanel, et tous les autres : 30 millions de consommateurs vous attendent pour gaspiller, s’endetter ou baver, selon le statut social de chacun.
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dimanche, 24 décembre 2006
Soyez la bienvenue chez nous!
De nationalité canadienne, Marie-Hélène Giguère est journaliste au quotidien L’Economiste depuis le mois de septembre. Elle relate ici ses premières impressions sur le Maroc. Il y a le côté pile et le côté face.
Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je suis montée à bord du petit taxi rouge, le coeur un peu serré. Sur la route, j’ai pensé mourir. Les voitures arrivaient de partout, se faufilaient, s’entrecoupaient, occupaient quatre voies de large alors qu’il n’y en avait que deux. Et chaque fois que le taxi s’arrêtait, le banc du passager basculait vers l’avant. Heureusement, le chauffeur a réussi à me changer les idées. “Vous êtes Canadienne? C’est la première fois que vous venez au Maroc?”
Puis j’ai aperçu la magnifique mosquée Hassan II, toute illuminée. On m’en avait tant parlé! J’ai voulu baisser la vitre, mais elle était coincée. Le chauffeur m’a expliqué qu’avec la pollution, c’était aussi bien comme ça.
Une fois devant l’hôtel, il m’a gentiment aidée à prendre mon bagage. J’ai payé 80 DH pour la course, soit 40 DH de trop, mais je ne le savais pas.
Avant de s’éloigner, le chauffeur m’a cordialement lancé un “Soyez la bienvenue chez nous!” Depuis, j’ai dû entendre cette phrase à une centaine de reprises. On a beau parler des arnaqueurs et de tous ceux qui abusent des nouveaux venus, les Marocains sont exceptionnellement chaleureux.
Quand on débarque dans un pays étranger, on doit faire abstraction de ses propres références culturelles. Je crois y arriver assez bien, mais quand même, certaines choses me “jettent par terre”!
■ Le nombre, mais aussi le “type” de mendiants. Chez moi, ce sont plutôt de jeunes rebelles qui ont besoin d’argent pour acheter de la drogue, ou de vieux clochards alcooliques.
Dans les rues de Casa, il y a des gens malades, des aveugles, des handicapés, des enfants, et beaucoup, beaucoup de femmes.
■ La ponctualité. Ou plutôt l’absence de ponctualité. Au Québec, si la conférence de presse ne débute pas à l’heure prévue, les journalistes quittent. Tant pis pour l’organisme ou la société qui organisait l’évènement, elle se passera de couverture. Ici, j’ai dû me résigner, et apprendre à me réjouir quand la conférence ne débute qu’avec une demi-heure de retard.
■ La bonne humeur des gens. Au Maroc, on rigole beaucoup, on sourit beaucoup. Tous les jours, j’entends de grands éclats de rire. Les Marocains ont vraiment le sens de l’humour.
■ L’amour des enfants. Malheureusement, l’Occident a fini par développer une peur maladive des pédophiles. Les pères n’osent plus exprimer plus l’affection qu’ils portent à leurs enfants en public. Les gestes de tendresse des papas marocains envers leurs filles et fils me touchent énormément.
■ Le machisme. Quand un homme me siffle comme on siffle un chien, le sang me monte à la tête. Le sang me monte à la tête plusieurs fois par jour. Ce n’est que désagréable.
■ Les bakchichs. C’est très délicat. Au Canada, ça n’existe pas. Celui qui tente le coup se fait arrêter illico pour “tentative de corruption d’un agent de la paix”. Nous n’avons donc pas le choix: respecter la loi ou payer. Mais ce n’est pas par crainte des forces de l’ordre, c’est le résultat d’un choix de société. Accumuler les accidentés et les morts de la route pour éviter de payer un procès? La bourse ou la vie?
■ L’incivisme. Les chauffeurs de taxi qui se curent allègrement le nez avec leur doigt. Les hommes qui se raclent la gorge et crachent par terre, sans se soucier d’attraper quelqu’un au passage. Les conducteurs qui ne ralentissent pas, même quand une vieille femme traverse la rue.
■ La culture. La fierté et l’amour des Marocains envers leur culture. Non seulement ça mais la “connaissance” qu’ont les Marocains de leur culture. Et évidemment, l’incroyable richesse de cette culture millénaire. Quand je pense que ma ville natale n’a pas encore 400 ans...
■ Les contrastes. Les grands immeubles de Casa et les bidonvilles de Sidi Moumen. Avec pratiquement rien ni personne entre les deux extrêmes.
■ La saleté et la pollution. Les millions de sachets plastiques qui traînent partout à travers le pays. L’absence totale de poubelles publiques, de systèmes de recyclage et de récupération des bouteilles de plastiques, des canettes de métal et du papier. Casablanca est une ville extraordinairement belle, le Maroc possède des paysages majestueux. Je m’étonne que les Marocains n’y fassent pas plus attention. Et comme c’est le cas pour la sécurité routière, j’oserai dire que le respect de l’environnement, ça résulte avant tout d’un choix de société.
■ L’erreur monumentale que font les Occidentaux quand ils parlent du “monde arabe”, comme s’il s’agissait d’un tout homogène. Pourtant, n’importe quel Canadien rugit quand on le prend pour un Américain. Le Maroc, ce n’est pas l’Algérie, ce n’est pas la Tunisie, et encore moins l’Arabie saoudite.
■ Le nombre de points communs entre le Maroc et le Québec. La chaleur humaine, la générosité des gens, leur goût pour la fête et le rire, le multiculturalisme, la bureaucratie et des structures gouvernementales un peu boiteuses, et... les quelque 60.000 Marocains qui ont émigré chez nous!
MB
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dimanche, 05 novembre 2006
M A R O C
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dimanche, 29 octobre 2006
LE MAROC VU DE LA FENETRE D'UN CHAUFFEUR DE TAXI
Mon chauffeur de taxi est probablement éduqué, il sait que le PJD n’est pas une alternative sérieuse, mais que ce soit un « barbu » ou un autre qui le dirige, qu'est ce que cela va changer pour lui ? Le chinois va repartir dans son pays, la jeune femme va retourner faire du ménage ? Alors que la prière du soir retenti dans les rues de Casablanca, le conducteur de la petite voiture rouge hésite. Il est vrai que dans ce pays, les routes ne sont pas toujours bien indiquée…
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samedi, 07 octobre 2006
Mica
Il faut 100 ans pour s’en débarrasser; certains scientifiques sont moins optimistes. Ils parlent de 300 à 400 ans avant que la nature ne digère les indigestes sacs de plastique, les fameux «mica» noirs ou leurs cousins, les «mica» blancs.
Tout le monde s’en sert parce qu’ils sont apparemment économiques. Apparemment seulement, puisque dans 100 ans ou même 300 ans, celui qu’on a jeté hier sera encore dans la nature, en train de «fleurir» les belles contrées marocaines.
Ils sont si embêtants, ces sacs en plastique, que lorsqu’un voyage officiel s’annonce, les responsables locaux envoient les enfants des écoles les ramasser dans les champs: il ne faut pas que le Souverain ou ses invités les voient. Et si, au lieu de se livrer à ce stupide camouflage, on décidait une fois pour toutes d’en interdire la fabrication?
Nul besoin d’être brutal. Rien n’empêche d’organiser progressivement leur disparition et leur remplacement par des sacs en papier, en coton ou en sisal… Bien sûr, le Maroc n’est pas en avance pour la biotechnologie, mais avant d’imposer des sacs tirés du maïs ou des pommes de terre, il y a de la marge. Trop chères, les solutions de remplacement? Pas sûr. Papier, coton, sisal… non seulement sont réutilisables mais, en plus, ils sont mieux que la plupart des «mica», capables de porter les publicités de manière à en abaisser le coût. Et puis, soyons réalistes: qu’est-ce qui coûte le plus cher? Ramasser un par un ces horribles sacs qui polluent notre environnement et le pollueront pendant les 300 prochaines années ou bien, pour quelques centimes, changer d’habitudes et régler une fois pour toutes cette question? Nul besoin d’être devin pour répondre.
Reste le passage à l’acte qui, lui aussi, est simple, sans histoire: même les fabricants des «mica» n’aiment pas ce qu’ils font. Mais il faut un cadre légal pour que tous soient à la même enseigne et que la disparition des «mica» devienne effective.
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dimanche, 13 août 2006
Casablanca prépare son observatoire économique
Investir, ce n’est pas uniquement du foncier et des capitaux. C’est aussi une bonne information économique.
Au Centre régional d’investissement (CRI) de Casablanca on en est conscient. C’est pourquoi l’on compte mettre en place un observatoire de l’économie régionale.
Selon les responsables du centre, l’objectif «est de mettre à la disposition de tous les opérateurs une information fiable et synthétique sur le tissu économique de la région du Grand Casablanca».
De cette façon, les opérateurs disposeront de données qui leur permettront de bien s’orienter vers des secteurs porteurs de plus-values. Mais aussi de mesurer l’impact des événements internationaux sur l’économie régionale et agir en connaissance de cause.
L’observatoire s’assigne trois missions. Primo, informer sur les structures et l’évolution de l’économie casablancaise. Secondo, rendre l’économie de la ville plus transparente à travers la publication d’études et d’information par voie de presse. D’ailleurs des organes de presse feront partie de l’observatoire. Et tertio, fournir aux investisseurs et décideurs un outil d’aide à la décision. Ce qui passe nécessairement par la collecte de données qui serviront à élaborer un tableau de bord de l’économie régionale. Les promoteurs de l’idée entendent aussi exposer, à travers un site web, l’actualité des secteurs, les informations pratiques, les statistiques et les analyses économiques.
En général, le rôle du portail est de faire connaître les informations d’ordre économique, les données statistiques sur l’économie de la Région, les événements en cours et à venir dans les divers secteurs du développement économique et social.
D’autres rubriques du site seront dédiées à la gouvernance territoriale, à l’aménagement du territoire, au développement durable, à l’environnement culturel, touristique et au développement local ( urbain et rural ).
Pour accomplir ces missions, l’observatoire procédera à la collecte et à la production d’informations statistiques ainsi qu’à leur actualisation permanente.
Il sera également un lieu de production scientifique par le biais de l’encadrement d’études, de recherches et de mise en place d’une base bibliographique.
Les membres de cette nouvelle instance auront du pain sur la planche. Outre leur tâche de collecter, d’analyser et de présenter l’information via plusieurs supports, ils ont aussi une mission de réflexion et de prospective.
Autrement dit fournir un outil d’aide à la décision et permettre la mise en place de politiques sectorielles et d’une stratégie de développement. «C’est le souci primordial des comités de l’observatoire que d’être un outil au service du citoyen et du développement», affirme un responsable au CRI.
17:11 Publié dans Maroc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mohcine
samedi, 05 août 2006
C'est bon à savoir!
Décidément, les jeunes Marocains ne cessent de nous étonner. La dernière étude statistique que le Haut commissariat au plan (HCP) leur a consacré, porte sur leur “perception du Maroc en 2030”*. Et avant tout, sur leur perception d’eux-mêmes, dans ce Maroc de 2030.
Première surprise: seules 1,3% des jeunes femmes interrogées se voient femmes au foyer.
Que l’écrasante majorité des sondés des deux sexes se voient, en 2030, cadres supérieurs (74%, contre 23% de cadres moyens et 1% d’ouvriers), ce n’est pas étonnant, ça prouve qu’ils ont de l’ambition. Ce qui est étonnant, et même inquiétant, c’est qu’à peine 0,7% s’imaginent exploitants agricoles. Pire : sur ceux dont le père est lui-même exploitant agricole, seuls 2% souhaitent le devenir à leur tour. L’exode rural est considéré comme un problème ? Préparons-nous à le considérer comme un drame. Surtout pour une nation qui continue à clamer sa “vocation agricole”. Apparemment, elle ne fait rien pour susciter la même vocation chez les jeunes. Mutation sociale radicale en perspective…
Autre surprise : le taux de ceux qui rêvent d’émigrer. On pouvait s’attendre au pire, mais il n’est, finalement, que de 36%. Le HCP présente cela comme une grande victoire. Il ne devrait peut-être pas. D’abord, 36%, ça fait plus du tiers, ce qui est déjà énorme. Mais le plus alarmant, c’est que ce taux grimpe à 44% quand la question est posée aux enfants de cadres supérieurs. La mobilité sociale étant ce qu’elle est au Maroc (c'est-à-dire très faible), les enfants de l’élite d’aujourd’hui forment (à très peu de chose près) l’élite de demain. Qu’un peu moins de la moitié de cette future élite rêve de quitter le Maroc fait froid dans le dos. Surtout que la politique “d’immigration choisie”, qui commence à se généraliser en Europe, prévoit de leur ouvrir grand les bras. On parlait de fuite des cerveaux ? La voilà maintenant chiffrée. Enfin, il a été demandé à tous ces jeunes d’imaginer, sous la forme d’un titre d’actualité dans les médias, l’évènement principal qui retiendrait leur attention, un jour de 2030. Le premier thème qui les intéresse – il a été évoqué par 29% d’entre eux – est la société. Et sur ces 29%, plus des quatre cinquièmes ont abordé un chantier dont Mohammed VI a fait son cheval de bataille : le développement humain. La majorité de nos jeunes rêvent donc que, d’ici 2030, aient été éradiqués au Maroc : (dans l’ordre) l’analphabétisme, le chômage, l’habitat insalubre et la pauvreté. On savait que notre roi s’était fixé un formidable défi. On sait maintenant que nos jeunes le prennent au mot. Prions de toutes nos forces pour que leur espoir soit satisfait. Et sur cette note d’optimisme, bonnes vacances !
* l’enquête a été réalisée sur un échantillon de 1271 bacheliers et bachelières, répartis à travers toutes les villes du pays (le monde rural n’était forcément pas concerné, puisqu’aucune école n’y va jusqu’au bac)
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samedi, 22 juillet 2006
Washington-Tel-Aviv: l'axe du crime organisé et prémédité
En mettant son véto d'emblée et en s'isolant dans le projet de résolution de l'ONU destiné à condamner l'agression généralisée d'Israel contre le Liban,
le régime néo-conservateur américain dévoile une fois de plus sa politique globale
du pire dans une région ou par la force, il n'essuie finalement que des revers.
En agressant le Liban après la bande de Gaza dont il était sensé se retirer, le régime sioniste de Tel-Aviv accepte d'être une fois de plus le bras armé du régime des "commercants" de Washington pour mieux pouvoir asseoir au fil du temps ses visées pseudo-philosophiques.Il faut dire qu'au niveau des moyens, ce deux régimes ont tout pour s'entendre sauf qu'il y a sans doute une incompréhension totale sur l'objectif final...
En fait, depuis plusieurs années, ces échecs servent d'abord les intérêts de leurs propres instigateurs puisqu'ils permettent, à travers l'usage de la puissance militaire, d'entretenir une situation inextricable de tensions et de haine qui semble aujourd'hui la seule issue possible pour la survivance d'Israel.
Certes, il existe bien quelques Israeliens qui prônent une société laique fondée sur des relations apaisées et respectueuses envers l'environnement arabo-musulman mais leurs voix ne comptent guère et ils demeurent manifestement encore trop décalés par rapport aux fondements politico-théocratiques de l'existence de l'état juif.
Les héritiers de Théodore Herzl peuvent poursuivre leur politique de fabrication d'ennemis proches, ils ont encore sans doute quelques beaux jours devant eux.
Mais, à force de jouer avec le feu, de faire valoir sans cesse une arrogance de plus en plus souvent perçue comme un complexe (ou une conviction?) de supériorité rappelant parfois celui de leurs funestes persécuteurs, et une injustice criante vis à vis d'un voisinage humilé, les évènements pourraient bien se retourner et le retour à la case départ pourrait être bien douloureux pour le peuple israelien tout entier.
Aujourd'hui, ce sont les Palestiniens, les Irakiens et les Libanais qui souffrent des réactions disproportionnées de l'axe américano-israelien. Les lendemains qui pourraient voir les oppresseurs souffrir à leur tour ne sont peut-être pas si lointains.
Cela n'a certes rien de bien réjouissant dans l'absolu, mais lorsqu'on touche au Liban, il faut s'attendre à des retours de bâtons à la fois plus subtils et violents que les bombardements et les morts civiles qu'ils provoquent.
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dimanche, 16 juillet 2006
Dans ce pays,le Maroc, on confond programme politique et catalogue de vœux pieux
Un taux de croissance stable de 8%. Tel est l’objectif annoncé cette semaine dans une interview par Lahcen Daoudi, l’économiste en chef du PJD, en cas d’arrivée de son parti au pouvoir en 2007. Mais comment M. Daoudi a-t-il calculé ce chiffre ? Comment cet homme, qui a de sérieuses chances d’être notre prochain ministre des Finances, compte-t-il procéder pour réaliser une aussi bonne performance, sachant que la croissance du PIB a été de 1,8% entre 1991 et 1999 etde 4% entre 1999 et 2003, et sachant que, selon qu’il pleuve ou non, notre taux de croissance peut faire un bond (ou une chute) de 10 points d’une année à l’autre ? Invité à détailler sa “recette” par l’interviewer (de L’Economiste), le leader islamiste imberbe s’est immédiatement replongé dans les généralités oiseuses qui sont le propre de la classe politique marocaine : “Nous allons mettre à plat l’existant et procéder de manière méthodologique”, “pour combattre le fléau du chômage, il faut intervenir à la racine”, etc.
Fausse alerte, donc. Jusqu’à preuve du contraire, les partis politiques marocains n’ont pas encore compris en quoi consiste, au juste, un programme politique. Aux dernières législatives, en 2002, ils avaient tous (ou presque) publié sur leur site web ce qu’ils avaient appelé des “programmes”. Je les avais compilés, à l’époque et je conserve toujours le fichier dans mon disque dur. Croyez-le ou pas, sur une cinquantaine de pages, il n’y avait pas une seule fois le mot “dirham” !! Quant au signe “%”, il était présent en tout et pour tout trois fois, et dans le seul programme du MP. Ce parti s’était en effet fixé pour objectif de “baisser le taux de chômage à 10%, accroître le taux d’investissement à 30% et réaliser un taux d’épargne publique à 28%”. Fort bien, mais comment ? Silence et flou artistique…
En 2002, en guise de programmes, les partis avaient compilé des séries de phrases qui commençaient par “lutter contre” (le chômage, l’analphabétisme…), “réformer” (l’Etat, l’enseignement, l’administration, la justice…), ou encore le classique “promouvoir” (l’investissement, l’emploi, l’artisanat), etc. Des verbes à l’infinitif, voilà l’essence de ce que nos politiciens appellent un programme. Pour aller au bout de leur logique, il eût été judicieux d’ajouter “y a qu’à” avant chacun de ces verbes : “y a qu’à réformer”, “ y a qu’à promouvoir”, etc. En clair, les textes qu’on appelle programmes politiques, dans ce pays, ne sont que des catalogues de vœux pieux. A chaque ligne, on a envie de hurler “mais comment tu vas faire ça, bon Dieu ??!!!”.
En Angleterre, dès qu’un parti passe à l’opposition, il s’empresse de former un “shadow cabinet”, ou gouvernement de l’ombre. Il nomme ainsi un shadow ministre des Finances, un shadow ministre de l’Industrie, etc., jusqu’à reconstituer un gouvernement virtuel complet. Objectif : se tenir au courant, en permanence, de l’évolution chiffrée de chaque secteur. Et ce, dans l’objectif d’élaborer, en permanence là aussi, un programme politique alternatif. Un vrai programme politique, soit une série de buts chiffrés et une série de moyens, non moins chiffrés, pour atteindre ces buts. Dans les démocraties européennes, les débats politiques ne se focalisent pas sur les buts nominaux, puisqu’ils sont – naturellement – les mêmes pour tout le monde (c’est évident : personne n’est contre l’emploi ou l’investissement…). Les débats se focalisent plutôt sur les moyens : “tel parti dit qu’il parviendra à tel but (chiffré et daté) de telle manière (chiffrée et séquencée) ; eh bien nous, nous disons (chiffres à l’appui) que cette manière-là est mauvaise, et voici (chiffres, dates et séquences à l’appui) la manière que nous proposons et pourquoi (comparaison chiffrée et datée à l’appui) elle est meilleure”.
Et au Maroc ? Billevesées et généralités à tous les étages… Enfin, jusqu’à présent. Une année pleine nous sépare des législatives et les partis sont encore en train de “peaufiner” leur programme – disent-ils. On verra bien…
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