dimanche, 29 octobre 2006

LE MAROC VU DE LA FENETRE D'UN CHAUFFEUR DE TAXI

Au feu, à coté de la petite voiture rouge déglinguée, une Mercedes neuve et climatisée vient de s’arrêter. Un chinois d’une quarantaine d’années au volant une jeune marocaine à la plastique avantageuse sur la place d’à coté. Le Maroc change, le chauffeur de taxi le voit tous les jours, mais de loin. De toute sa vie, il ne conduira une telle voiture. Alors que la voiture démarre le chauffeur peste « au Maroc y’a que le roi qui travaille, mais ceux qui sont en dessous c’est tous des feignants et des voleurs  ». Je ne reprendrai pas cette formule à mon compte mais je la cite pour traduire un sentiment qui est palpable dans la population, un sentiment ou le fatalisme et l'exaspération se mélangent. Il semble en effet évident à tous que le roi « travaille » qu’il essaie de faire bouger son pays mais que la tache est difficile car le Maroc « ancien » n’a pas envie de changer.
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Au croisement d’après il se fera peut être arrêter par un policier qui lui prendra 20, 50 ou 100 dirhams pour une faute plus ou moins réelle, alors que la Mercedes continuera sa route vers le quartier des affaires. Je ne sais pas si il votera pour les extrémistes aux prochaines élections, mais il est comme l’électeur de le Pen en France (*), il se dit qu’il a trop de gens qui profitent du système.
 
Du petit fonctionnaire qui prend son bakchich aux « familles » qui se sont enrichies sous Hassan II en passant par la nébuleuse des « proches du palais », personne ne veut changer ses habitudes. Ils savent trop ce qu’ils ont à perdre. Alors la révolution est en cours mais elle recherche ses cadres car le roi est un peu seul. Il peut certes se prévaloir d’une sentiment favorable au près du « petit peuple », comme mon chauffeur de taxi mais ce n’est pas suffisant.
 

Mon chauffeur de taxi est probablement éduqué, il sait que le PJD n’est pas une alternative sérieuse, mais que ce soit un « barbu » ou un autre qui le dirige, qu'est ce que cela va changer pour lui ? Le chinois va repartir dans son pays, la jeune femme va retourner faire du ménage ? Alors que la prière du soir retenti dans les rues de Casablanca, le conducteur de la petite voiture rouge hésite. Il est vrai que dans ce pays, les routes ne sont pas toujours bien indiquée…

 

(*) en France aussi de nombreux chauffeurs de taxi votent le Pen ;-)

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