jeudi, 27 octobre 2005

Saint Quentin

Il y avait, dans la ville de Saint-Quentin, quatre corps de métiers constitués : les tisserands, les foulons, les teinturiers et les tondeurs, auxquels le roi permit, en 1320, de faire des pannes (de tissus, étoffes) légales, pour être vendues en gros et en détail chez eux ou à la halle.
Ces marchands ne tardèrent pas à fréquenter les foires des villes voisines, et notamment les "Lendits de Saint Denis".
D'ailleurs, Saint-Quentin possédait déjà une foire franche de 16 jours qui se tenait aux Octaves de Pâques, mais les habitants demandèrent au roi et obtinrent qu'elle fut reportée au jour de la Saint Denis.
L'institution de la foire de la Saint Denis fut accordée à la ville de Saint-Quentin en 1320, par Philippe le Long, Roi de France.
Foire que l'on retrouvera encore cette année 1999, avec une durée d'environ 21 jours, au mois d'octobre (la Saint Denis est le 9 du mois, cette foire a lieu place de la liberté à Saint-Quentin).

Dès ce même XIVème siècle, les drapiers, orfèvres, corroyeurs, fripiers et tanneurs de Saint-Quentin avaient acquis assez d'aisance pour qu'ils aient été taxés de la somme de 2.000 livres tournois destinées à former la dot de la princesse Isabelle.

La révolution arriva aux Pays-Bas dans les années 1579, lorsqu'ils entreprirent de se soustraire à la domination espagnole, les Hollandais en firent sortir la fabrication des toiles de "Mulquinerie" du pays.
Mulquinerie : l'art de fabrication de la toile de lin.

En France, Cambrai profita d'abord de cette industrie qui ne tarda pas à être apportée à Saint-Quentin par un sieur Armand Grommelin, originaire de la ville de Courtrai.
Une étude approfondie, du sol de la région, lui démontra qu'il était propre à la culture du lin.
(Armand Grommelin créa en 1580, à Saint-Quentin une première fabrique de Linon, il fut pour cela ennobli par Henri IV en 1589).

Mais, dans la préparation de ces fils, il eut à vaincre de grandes difficultés, un lieu trop sec pour le stockage séchait les fils et détruisait leur ténuité, un endroit trop humide les pourrissait et les cassait.
Il remédia à ces inconvénients en déterminant, au moyen d'un bon hygromètre, la profondeur où devaient être placés les ateliers, puis il inventa le gluten nommé "parement", qui arrondit le fil par le moyen d'une brosse et lui donne de la consistance.

Cette industrie prospéra à un point extraordinaire, aussi tout le monde se fit mulquinier, et bientôt il n'y eut personne de riche à Saint Quentin qui ne dût sa fortune à l'industrie du lin.
Toutefois en 1698, on ne comptait encore dans la ville que 25 négociants ou gros marchands et 60 petits marchands.
La fabrication du linon, imitée de l'Inde, s'introduisit à son tour à Saint-Quentin vers 1664.
Elle prit de si rapides développements que, moins de cent ans après, il se fabriquait, tant dans la ville de Saint-Quentin qu'aux environs, plus de cent mille pièces, représentant une valeur de plusieurs millions de l'époque.

Au milieu du XVIIIème siècle, le commerce de Saint-Quentin s'enrichit encore de deux autres industries.
La fabrication des mousselines y fut alors introduite par MM. Devillers, Maroteau et Corbeau, celle des gazes de fils, rayés à carreaux et à différents ramages, fut apportée en 1755, par M. Philibert du Moustier de Vâtres, et égala bientôt celles venues du royaume d'Angleterre.
Vers le même temps, on établit encore dans la ville de Saint-Quentin une manufacture de gaze de soie qui, en 1780, occupait 4 blanchisseries, 4 ploieries et 20 courtiers.
Une fabrique d'amidon y fut élevée en 1780, par M. Pagnen.
Au moment où éclata la révolution française, en 1789, la fabrique de Saint-Quentin avait pris un essor considérable, elle occupait, tant à la ville qu'a la campagne, 12 à 14.000 métiers à tisser, et 60 à 70.000 fileuses. La fabrique annuelle s'élevait de 150 000 à 160 000 pièces de tissus, de différentes largeurs, sur douze à quinze aunes de longueur, et l'exportation s'élevait environ à 35.000 pièces, et avait lieu pour des destinations diverses, telles que Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe, la Havane, Lima, Véra-Cruz, l'Allemagne, la Russie, l'Angleterre, le Portugal et l'Italie.
Mais la révolution lui porta un coup funeste. En 1800, elle n'occupait plus que 3.000 métiers et la fabrication s'élevait, avec peine, à 40.000 pièces par an.
Mais suite au rétablissement de l'ordre, elle a repris une activité nouvelle et un essor qu'elle n'avait jamais connu.

Parmi les causes qui l'ont particulièrement favorisée, on doit sans doute mettre en première ligne la facilité d'étendre la ville de Saint-Quentin, malheureusement, procurée à la ville par la démolition de ses remparts, et la construction du canal de Saint-Quentin.

Saint-Quentin était autrefois divisée en douze paroisses, qui furent réduites à une seule après la Révolution. Ses établissements religieux étaient nombreux. On y voyait deux collégiales, trois abbayes dont une de filles, une prévôté, une commanderie et quatre couvents.

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